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Concert RockDe nouvelles découvertes font craindre le pire

Source : www.ledevoir.com

Qui n’est pas sorti abasourdi et presque sourd d’un concert rock ou techno où les décibels déferlaient à plein régime et sans interruption devant des fans hurlant de plaisir ? Heureusement, cette impression d’assourdissement du bruit ambiant et ces sifflements dans les oreilles n’étaient que temporaires puisque l’audition redevenait normale au bout de quelques jours.

Or, les récentes découvertes de Sharon Kujawa de la Harvard Medical School sont loin d’être rassurantes puisqu’elles révèlent que de telles expositions sonores, en apparence inoffensives, entraînent la destruction des connexions entre certaines cellules auditives et les fibres du nerf auditif dans un premier temps, et la mort de ces mêmes fibres dans un second temps.

Une telle révélation a bien sûr ébranlé toute la communauté des audiologistes parce que d’une part, la perte de ces connexions nerveuses n’est pas détectée par les tests d’audition classiques, et d’autre part parce que les normes de sécurité actuelles ne sont par conséquent plus valables.

On savait depuis des décennies que les cellules ciliées de l’oreille interne peuvent être endommagées, voire détruites par le bruit qui cause ainsi une perte d’audition permanente, a d’abord rappelé Sharon Kujawa, chercheuse au Massachusetts Eye and Ear Infirmary de la Harvard Medical School, à Boston, dans le cadre du congrès international en orthophonie et en audiologie qui se terminait mardi 15 novembre 2016 à l’Université de Montréal. « Mais nous avions toujours pensé que si le seuil sonore, soit le son le plus faible que nos oreilles peuvent entendre, revenait à la normale quelques heures ou quelques jours après une exposition à de forts bruits comme lors d’un concert, cela voulait dire que notre système auditif n’avait pas subi de dommage et était indemne. Or, nous savons maintenant que ce n’est pas nécessairement vrai », a indiqué la chercheuse.

Mme Kujawa a exposé des souris à des bruits continus (situés dans une bande de fréquences allant de 8 à 16 000 Hertz à laquelle les souris sont particulièrement sensibles) pendant deux heures. Cette exposition correspondait aux limites réglementaires en milieu de travail appliquées au Québec et aux États-Unis. Elle a ensuite examiné l’oreille interne de ces animaux.

Vibrations mécaniques

Dans l’oreille interne, les cellules ciliées qui détectent les vibrations mécaniques (que sont les sons) transmettent ces signaux sonores aux fibres du nerf auditif par le biais d’une substance chimique, appelée neurotransmetteur, qu’elles libèrent dans la synapse, qui est le point de communication entre elles et les neurones, a–t-elle expliqué. Grâce à une technique d’immunofluorescence, la chercheuse a pu illuminer avec des couleurs différentes les cellules ciliées internes, leurs vésicules contenant le neurotransmetteur et les cellules nerveuses du nerf auditif auxquelles ces cellules ciliées étaient connectées. Elle a ainsi observé que cette exposition au bruit détruisait très rapidement les vésicules contenant le neurotransmetteur et que les cellules nerveuses dégénéraient peu de temps après.

« Quand la synapse disparaît et que la communication entre la cellule auditive et le neurone est interrompue, les neurones finissent par mourir aussi. Nous avons observé que ces phénomènes surviennent rapidement après une exposition au bruit et qu’ils sont permanents. Ce ne sont toutefois pas tous les neurones qui sont affectés, ce qui fait que les personnes peuvent encore détecter les sons, comme le démontre l’audiogramme qui revient à la normale. Mais elles éprouvent des difficultés à discriminer certains sons, comme une conversation, au milieu d’un environnement bruyant », a-t-elle précisé.

Mme Kujawa a observé le même phénomène chez des souris, des rats, des gerboises, des cochons d’Inde et des chinchillas. Et elle est en train de le confirmer également chez les primates non humains.

Selon Tony Leroux, professeur titulaire à l’École d’orthophonie et d’audiologie de l’Université de Montréal et vice-doyen des sciences de la santé, « cette découverte change tout, car jusqu’à maintenant, on affirmait qu’une exposition à 75 dB pendant huit heures était complètement sécuritaire et permettait d’éviter toute surdité. Cette limite a été déterminée alors qu’on exposait les gens à des intensités sonores qui provoquaient des pertes d’audition temporaires, et donc qui disparaissaient. Cela remet donc en question l’innocuité de cette norme puisque l’on sait aujourd’hui que ces pertes temporaires entraînent la destruction de certains neurones du nerf auditif. Il nous faut donc revoir le niveau sonore auquel on peut s’exposer sans entraîner la destruction de ces fibres nerveuses. Cela changera aussi le travail des audiologistes qui utilisent comme outil de dépistage des premiers signes de surdité l’audiogramme qui ne détecte pas la disparition de ces fibres nerveuses. Quand un effet apparaît sur l’audiogramme, cela veut désormais dire que la maladie est déjà très avancée. »

Étudiants en musique

Depuis cette découverte, certains chercheurs s’intéressent aux étudiants en musique dont l’audiogramme ne présente aucune anomalie, mais qui travaillent dans un contexte susceptible d’affecter leurs fibres nerveuses, puisque des études ont déjà montré que plusieurs musiciens jouant dans un orchestre symphonique développent une surdité. Comme les fibres nerveuses communiquent entre elles en émettant des impulsions électriques, les scientifiques ont appliqué des électrodes tout près des oreilles ou carrément dans le conduit auditif de ces jeunes musiciens.

« Ces électrodes captent l’activité électrique des fibres nerveuses pendant que l’on fait entendre des sons aux musiciens. Normalement, à mesure que l’on augmente l’intensité des sons, l’amplitude de l’activité électrique s’accroît. Mais si de nombreuses cellules nerveuses ont disparu, l’activité électrique sera plus faible. Et c’est ce qu’on a observé dans des populations de jeunes musiciens », a décrit M. Leroux.

« Il sera difficile de savoir quel est le niveau sonore susceptible de provoquer de telles lésions, car chaque personne possède une sensibilité différente aux effets nocifs du bruit qui est déterminée par son bagage génétique », a prévenu Mme Kujawa.


Il est intéressant de lire sur cette page les normes québécoises.

  • La réglementation autorise en milieu de travail une exposition de 90 décibels (dB) pendant huit heures, ou 95 dB pendant quatre heures, ou 100 dB pendant deux heures.
  • De 25 à 33 % des travailleurs qui sont exposés à ces limites réglementaires développeront néanmoins une surdité.

À titre indicatif, les concerts de rock peuvent facilement atteindre 105, voire 110 dB.

Voici les normes françaises en matière de bruit au travail : www.inrs.fr