Notre blog actualités

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

L'Unsaf, vent debout après l'avis de l'Autorité de la concurrence

logo autorite concurrenceDans son communiqué de presse du 17 janvier 2017 publié sur son site, l'Unsaf laisse entendre que l'Autorité de la concurrence, avec son avis n° 16-A-24 du 14 décembre 2016 irait à rebours de la volonté des Français. L'Unsaf fait preuve d'une étonnante hostilité que je ressens comme "suspecte" ! Le nombre de tweets et d'interventions tous azimuts prouvent une incroyable agitation ! Heureusement, le Synea a fait preuve de plus d'ouverture et se dit prêt au dialogue !

Dans mon suivi régulier de malentendants et devenus sourds, j'ai pu constaté depuis de nombreuses années que la recommandation de l'Autorité de la concurrence à propos du découplage entre l'achat de l'appareillage initial (avec l'adaptation de l'audioprothèse et les réglages de la 1ère année) et l'achat des prestations de suivi dans les années suivantes jusqu'à la fin de vie de l'appareil auditif, donnerait à de nombreux déficients auditifs le libre choix de se tourner vers un autre audioprothésiste. Actuellement, l'achat, l'adaptation et le suivi ne sont pas dissociables ce qui ne permet pas aux déficients auditifs, pendant toute la durée de vie de l'appareil, de changer de professionnel au risque que cela génère un sourcoût pour eux.

Combien de personnes âgées, vivant en EHPAD, n'ont bénéficié que de très peu de visites de suivi du fait qu'entre le moment de l'achat des appareils et le moment de la nécessité d'aller en EHPAD, la situation géographique de celui-ci n'a plus permis de se rendre chez l'audioprothésiste qui leur a vendu les prothèses. D'autres personnes âgées décèdent au bout de seulement quelques mois après l'appareillage et c'est donc tout bénéfice pour l'audioprothésiste !

Aujourd'hui, les personnes en activité professionnelle sont souvent confrontées à la nécessité de mobilité géographique. Je connais plusieurs personnes malentendantes qui ont rencontré de grosses difficultés pour obtenir un suivi gratuit par leur nouvel audioprothésiste, sous prétexte qu'il nétait pas le vendeur de leurs prothèses. D'après des audioprothésistes sérieux, cette pratique serait interdite, mais comme la plupart des malentendants ne connaissent pas bien ce droit au suivi gratuit pendant toute la durée de vie des appareils, ou que par timidité ils n'osent refuser lorsque le nouvel audioprothésiste leur demande de payer une prestation, ils paient tout simplement...

Décryptage par la présidente de l'Adlc de l'avis du 14 décembre 2016

Isabelle de Silva, présidente de l'Autorité de la concurrence a décrypté en exclusivité sur le site de EDP Audio l'avis rendu sur le secteur et nous vous invitons à lire attentivement ses arguments extrêmement sensés.

  • Aux reproches formulés par l'Unsaf concernant l'absence sur l'avis de commentaires sur les réseaux de soins, Isabelle de Silva précise que le collège de l’Autorité est libre de retenir les thèmes sur lesquels il souhaite se prononcer ou faire des propositions, son pouvoir d’appréciation étant très large. L’Autorité, constatant dans son document de consultation publique, que « les détracteurs des réseaux de soins (n’avaient) pas, à ce stade, apporté d’études ou de données statistiques permettant d’étayer (leurs) affirmations », avait appelé les professionnels du secteur à lui apporter des éléments et notamment « des données statistiques objectives permettant de constater une dégradation de la qualité des soins offerts par les audioprothésistes affiliés ».
  • L’Autorité a souligné dans son avis la faiblesse du niveau de remboursement de l’Assurance-maladie en France et montré qu’il était nettement plus élevé dans certains États membres de l’Union européenne.

  • En réalité, il n’y a pas d’incompatibilité entre une hausse du niveau de remboursement et la proposition de découplage. Au contraire, il existe une synergie évidente entre ces deux propositions pour faciliter l’accès à l’appareillage du million de personnes non-équipées.

  • L’Unsaf suggère que le découplage, en supprimant la mutualisation des coûts entre patients, porterait atteinte à la solidarité. Mais aujourd’hui la mutualisation réalisée par les audioprothésistes engendre un prix plus élevé pour la plupart des patients et repose sur une évaluation « haute » du temps consacré au suivi des patients.

  • La proposition de l’Autorité n’est pas d’imposer le découplage, mais de le rendre possible, de donner une liberté de choix au patient dont il ne dispose pas aujourd’hui.

  • Le président de l’association de malentendants Bucodes a également déclaré lors de la séance devant le collège, être opposé au paiement à l’acte, mais n’avoir aucune objection de fond à la proposition de découplage, tel qu’envisagé par l’Autorité. Cette association soutient l’instauration d’une telle mesure sous la condition que le remboursement du suivi soit suffisant.

  • Je constate tout d’abord que l’Unsaf reconnaît que 5 à 10 % des patients orientent le prix moyen des prestations des autres patients et, notamment, pèsent sur plus de 40 % de patients dont les besoins de suivi sont moindres. Cette situation ne manque pas d’interroger d’autant plus que dans le régime actuel, la péréquation entre patients est le fait non pas de la solidarité nationale, mais des opérateurs privés, qui peuvent l’organiser à leur profit sans débat ni arbitrage, voire en en tirant profit.

  • Lire l'analyse complète sur le site d'EDP Audio

Le point de vue du Professeur Lionel Collet

Par ailleurs, le point de vue du Professeur Lionel Collet, médecin ORL, Conseiller d’État et président du conseil d’administration de l’Agence nationale de santé publique (ANSP), nous semble aussi très intéressant puisqu'il pense que c'est un bon rapport qu'il approuve.

  • "En premier lieu, j’ai l’impression qu’il y a de la part des uns, le souhait que rien ne bouge. En France, les réformes sont bonnes, mais toujours pour les autres ! Pour revenir à l’Autorité de la concurrence, le rapport d’étape n’est pas si différent de l’avis. Il rentre plus dans de la proposition, réelle ou précise, mais je pense que tout était déjà entre les lignes dans le rapport de juillet. Personnellement, j’ai trouvé qu’ils avaient fait un très bon rapport. L’Autorité de la concurrence a largement consulté, ils ont su prendre la distance qu’il fallait par rapport aux informations qu’ils obtenaient et ils ont identifié assez tôt deux questions — et on peut en discuter — en rapport avec le modèle économique de la profession, ce qui les amène à proposer le découplage, et les quotas (numerus clausus).

  • "Tout d’abord, je ne connais pas d’autres professions dans laquelle on paye d’emblée tout pour cinq ans."

J'approuve surtout son avis qu'il faut ouvrir un vaste chantier sur l'audioprothèse en France, car je suis convaincue qu'il existent des solutions acceptables pour tous, mais qui faciliteront l'acquistion des audioprothèses par les intéressés eux-mêmes, les malentendants et devenus sourds.


Pour approfondir ce sujet :

Notre dossier sur le marché de l'audioprothèse